La musique d'Iran a une histoire plusieurs fois millénaires remontant au Néolithique tels que peuvent l'attester les fouilles archéologiques trouvées principalement à Élam, une des plus anciennes civilisations du monde localisée au sud-ouest de l'Iran. Il faut opérer une disctinction entre la science de la musique ou musicologie (Elm-e Musiqi) qui, en tant que branche des mathématiques a toujours été très bien considérée en Iran; en opposition à la performance musicale (Tarab, Navakhteh, Tasneef, Taraneh ou plus récemment Muzik) qui a souvent eu une relation conflictuelle avec les autorités religieuses.
La position de la musique dans la culture iranienne
L'ambivalence de la culture iranienne vis-à-vis de la musique peut être appréhendée dans un contexte que Darius Shayan a appelé schizophrénie culturelle: la nature contradictoire des deux sources de la culture iranienne, la Perse antique et l'islam.
Dans la Perse antique, les musiciens avaient des positions sociales respectables. Nous savons que les Élamites et les Achéménides faisaient certainement usage de musiciens, mais on ne peut pas deviner ce à quoi ressemblait cette musique. Pendant l'ère Parthe, les troubadours ou Gosans étaient très recherchés. Il existe des théories académiques qui disent que les premiers poètes de langue Dari en Iran oriental comme Roudaki étaient en fait des Gosans.
Au moment où les Sassanides arrivèrent au pouvoir, la position des musiciens était si reconnue que c'est eux, parmi tous les artistes, dont les noms ont survécu jusqu'à maintenant. Nous pouvons savoir que Mani était un peintre ou Burzoe un homme de lettres autant qu'un figure médicale, mais leurs noms ont survécu pour des raisons autres que leur art. Nous pouvons savoir que Farhad était un célèbre sculpteur, mais seulement parce qu'il a vécu une histoire d'amour avec la reine. Les noms des musiciens célèbres, ainsi que la nature de leur célébrité sont arrivés jusqu'à nous. Parmi les maîtres musiciens, Barbad, Sarkad, Ramtin et Nakissa, il existait une rivalité exacerbée pendant le règne de Khosro Parviz. Barbad inventa le luth et les traditions musicales qui se transformeraient en Maqam puis donneraient le système Dastgah.
Même après l'Islam, les musiciens perses n'ont pas disparu: on attribue souvent à Zaryab d'avoir eu la plus grande influence sur l'Andalousie et la musique espagnole[1]. Farabi et Avicenne n'étaient pas seulement des théoriciens de la musique mais aussi des adeptes du luth et du ney respectivement. Cependant, l'Islam de la fin de l'époque médiévale et l'islam moderne virent la musique avec suspicion; la musique affaiblit la raison et la danse, nécessairement accompagnée de musique est considérée obscène.
Hiérarchies traditionnelles d'authenticité et de valeur
La position d'un morceau de musique particulier dépend souvent du genre musical et de sa relation à la théorie musicale. La musique perseacadémique classique (Musiqi Asil ou Dastgah) est fortement basée sur les théories de l'esthétique des sons telles qu'elles ont été exposées par Farabi et Shirazi dans les premiers siècles de l'Islam. Ce genre musical préserve aussi les formules mélodiques qui sont souvent attribuées aux musiciens des cours impériales de Khosro Parviz à la période Sassanide. Le dastgah est la musique de ceux qui possèdent ou font preuve d'un gout raffiné et d'une grande culture et, en tant que tel, ont toujours été l'apange de l'élite (malgré sa popularité actuelle). Cependant, l'influence du dastgah ne doit pas être sous-estimée, puisqu'elle représente le réservoir d'authenticité dans lequel les autres genres musicaux puisent leurs idées et leur inspiration.
D'autres genres de musique respectables sont celles qui n'étaient pas autant basées sur une théorie abstraite mais qui était plus utilitaires. A ce groupe appartient la musique martiale de Perse (Musiqi Razmi) dont les racines plongent dans l'époque Parthe, comme le montrent les sources romaines. Cette forme de musique a maintenant été complètement remplacée par des formes européennes depuis la modernisation des forces armées. Ce type de musique avec de larges tambours, des instruments à cuivre n'était pas seulement utilisée en temps de guerre mais aussi dans les occasions officielles et solennelles. La Naqareh Khaneh ou "maison du tambour", principale représentatnte de ce type de musique avait survécu jusqu'à l'ère Qajare mais en ce temps-là, la plupart de son expertise acquise pendant la période Safavide avait disparu. La seule trace de cette forme de musique dans un style beaucoup plus simplifié est la musique de la Zurkhaneh, l'art martial traditionnel iranien, où l'exercice des champions (Pahlavan, littéralement parthiens) est régulé par un joueur de tambour/vocaliste connu sous le nom de Murshid.
La musique religieuse en tant que catégorie musicale n'est pas un genre homogène. Les pièces de théatre représentant la passion chiite dans des pièces narrant le martyre de l'imam Hussein ont leur origine dans la musique martiale de l'Iran. Similairement, la musique Sufie, bien qu'ayant établi ses propres traditions comme l'utilisation de l'instrument mystique daf et de livrets de la poésie mystique persane, n'est même pas proche de la musique du dastgah, mais possède une liberté de composition plus grande et est rythmiquement plus sophistiquée.
La récitation du Coran n'est pas considérée comme de la musique par les musulmans mais comme quelque chose de plus sublime. De la même manière, la liturgie religieuse ou Noneh est une catégorie de chanson improvisée, mais n'est jamais traitée en termes musicaux.
La musique populaire occupe la frange basse sur l'échelle de la respectabilité à l'exception de la musique folklorique qui joue un rôle important dans la vie quotidienne des iraniens ruraux. Certaines des plus belles musiques composées en Iran sont des chansons folkloriques du Kurdistan et du Khorasan par exemple. Au contraire des autres genres musicaux qui découlent de la musique classique perse, les chansons folkloriques ont beaucoup influencé le système du dastgah et des noms tels que Esfahan et Bayat-e Turk attestent des origines régionales de formules mélodiques qui sont la base de la tradition musicale persane.
Le théatre musical, sous la forme du Ruhowzi, où le bassin couvert au milieu de la cour intérieure des maisons servait de scène, est considéré comme décadent par de nombreux iraniens. Les tasnif, ou composition populaires urbaines étaient souvent jouées afin de servir de support à la danse, dans des fêtes uniquement féminines ou à l'occasion de compositions plus célèbres comme celles de Baba Karam.
Musique folklorique

Les iraniens de l'antiquité attachaient une grande importance à la musique et à la poésie, tout comme aujourd'hui. Assiette en argent post- Sassanide, VIIe siècle, British Museum.
L'Iran accueille pluieurs groupes ethniques, dont les Kurdes, les Azéris, les Bakhtiari et les Baloutches. Les poétes épiques turkmènes similaires aux musiciens d'Asie centrale sont communs au Khorasan, alors que la musique Kurde est connue pour l'utilisation du duduk et son son qui est fait pour la danse.
Mazandaran
La province septentrionale du Mazandaran a une culture de la musique folklorique différente qui inclut des chansons et des morceaux instrumentaux aussi bien que de la musique rituelle. Le Rythme est habituellement simple dans les chansons, comme par exemple les katuli, qui sont plus communs aux alentours de la ville de Aliabad-e Katul. Ce type de chants est chanté quand les gens sortent une vache katouli pour l'emmener à la pature. Parce que cette chanson était à l'origine chantée pendant la marche ou le travail, on y trouve souvent des syllabes tels que jana, hey ou aye qui sont ajoutées, permettant au chanteur de respirer pendant le travail. Une autre sorte de chanson est appelée kaleh haal (ou kal kaal, signifiant l'amant de Leili). Le terme kaleh haal pourrait se référer à sa petite longueur (kale haal signifie court présent) ou à ceux qui les chantent, des femmes au foyer qui chantaient ce type de chansons alors qu'elles cuisinaient dans un four appelé kaleh.
Les chansons Amiri utilisent habituellement de longs poèmes écrits par Amir Paazvari, un poéte légendaire originaire du Mazandaran. Il existe aussi un autre type de chansons appelés najma qui décrit l'amour entre le prince Najmedin de la province du Fars et une fille appelée Ranaa. Le najma est populaire dans tout l'Iran et est adpaté aux cultures locales.
Les Charvadars sont une sorte de marchands colporteurs qui oeuvraient autrefois en Iran; leurs chansons sont appelées charvadari. En contraste avec la musique Mazandarani, les charvadari ont un rythme plus important à l'oreille, peut être parce que ce type de chansons était souvent chanté à dos de cheval.
Musique Bandari
Le Bandari est un type de musique populaire qui plonge ses racines dans la musique folklorique du sud de l'Iran. Ses rythmes lent-rapides en font une musique parfaite pour les danses folkloriques, particulièrement dans les mariages et autres célébrations.
"Khonyâ-ye Bâstâni Irâni": Musique classique iranienne
Article principal : Musiqi-e assil
La musique classique traditionnelle perse remonte à des époques très lointaines. Des musiciens comme Barbod étaient légendaires dans tout l'empire à l'époque Sassanide.
Jusqu'au XXe siècle, la musiqi-e assil était entendue presque exclusiement aux cours royales. La dynastie Qajar a régné jusqu'en 1925, et leur influence avait décru au tournant du siècle. La musiqi-e assil est devenue un passe-temps plus commun dans les décennies qui ont suivi, particulièrement après que les cassettes audio aient été introduites dans les années 1960. Avant la révolution de 1979, l'Iran produisait des stars de la chanson comme Gholam Hossein Banan et des instrumentalistes comme Abol Hassan Saba, Ahmad Ebadi, Faramarz Payvar et Hassan Kassai.

Cette peinture murale représente une scène d'un ensemble de musique classique iranienne du XVIIe siècle.
La révolution de 1979 a lancé une renaissance dans la musique classique perse de laquelle ont émergé des célébrités nationales comme Parviz Meshkatian, Jamshid Andalibi, Kayhan Kalhor, Mohammad Reza Lotfi, Hossein Alizadeh, Shahram Nazeri et, encore plus célèbre, Mohammad-Reza Shajarian. Bien que la révolution ait créé la popularité de la musique classique, la musique et l'islam n'ont pas toujours fait bon ménage, et beaucoup d'iraniens très conservateurs ne voyaient pas d'un bon oeil même les mélodies et les paroles les plus simples. Le rôle des femmes dans la musique a aussi été réduit à l'occasion de la révolution; elles sont été interdites de chanter en public mais peuvent toujours jouer d'un instrument.
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